Terre de feu: du 19 décembre au 2 janvier

Pour gagner la Terre de feu qui est une grande île, deux possibilités s’offrent à nous: prendre le ferry à Punta Arenas pour une navigation de trois heures mais à un tarif prohibitif (environ 100 euros) ou gagner Punta Delgada à 165km de Punta Arenas où les tarifs sont plus accessibles et la traversée plus courte (20 min pour 20 300 pesos chiliens environ 30 euros). Tout bien calculé, nous optons pour la seconde solution.

La Terre de feu est un immense territoire (équivalent à l’Irlande), partagé entre l’Argentine et le Chili. Du côté chilien, la ville principale, Porvenir (5000 habitants) est située juste en face de Punta Arenas dont elle est séparée par le Détroit de Magellan. Du côté argentin, trois villes: Rio Grande, Ushuaïa et Tolhuin. En dehors des villes, d’immenses espaces de plaines et de collines, de forêts et de lacs appartenant à des estancias.

01_SOLEIL

Dans ces conditions, il est parfois compliqué de trouver des bivouacs improvisés au bord des routes, les terrains étant grillagés. Nous apprécions cependant ces grands espaces sauvages et inhabités. Outre l’éternel guanaco, les espèces animales peuplant ces territoires ont été introduites par l’Homme avec des conséquences souvent négatives : castor, mouton et truite sont devenues des espèces invasives.

Notre découverte de la Terre de feu débute du côté chilien. Nous longeons le Détroit de Magellan jusqu’à Porvenir puis faisons le tour de la Bahia Inutil, une large baie au bord de laquelle s’est installée une colonie de manchots rois. Plus petits que les manchots empereurs, les manchots rois ressemblent cependant à leurs cousins d’Antarctique. Nous les observons silencieusement pour ne pas risquer de les effrayer. Cette colonie semble avoir quelques difficultés de reproduction et c’est la période d’incubation. Un repli caractéristique au bas de l’abdomen de certains manchots nous révèle la présence d’une vingtaine d’œufs.

02_manchots

Nous poursuivons notre route en longeant toujours la mer et tentons une incursion dans le Parc naturel Karunkinka. L’état de la route ne nous permet pas de pénétrer très avant dans le parc en camping car mais nous poursuivons à pied. C’est l’occasion d’une belle balade sur une route escarpée surplombant la mer, isolée au bout du monde, au milieu d’un paysage tourmenté par les vents violents qui sévissent ici. Le retour sur la plage nous permet de récolter les trésors et les déchets déposés par la mer. Nous trouvons un crâne de lion de mer auquel nous arrachons les canines pour les mettre en pendentifs aux enfants.

Karunkika

NOUS

Nous devons continuer notre route pour être à temps au rendez vous fixé avec les « Alea sans aleas  » pour fêter Noël au bord du Lago Blanco. Nous nous permettons cependant une halte au bord du Rio Grande, une rivière réputée pour la pêche à la truite. Très grand bien nous en fait car François sort de l’eau deux beaux poissons qui nous serviront de déjeuner. Il est très fier de sa première pêche et les enfants sont surexcités!!

Peche

Nous retrouvons comme prévu Alexandre, Agnès, Louann et Eline au bord du Lago Blanco où nous passons quatre agréables journées et surtout Noël. Ils ont négocié, avant notre arrivée, l’usage, pour le Réveillon, d’une grande salle avec cuisine appartenant à une association de pêcheurs qui possède quelques cabanes au bord du lac. Nous avons de la place pour être tous ensemble à l’abri, le luxe!!

02_Réveillon

François et Manao, qui ont maintenant chacun une canne à pêche, taquinent la truite. Quelle fierté pour Manao lorsqu’il sort son premier poisson!! Il est par contre beaucoup moins fier lorsqu’il s’agit d’assommer sa prise… Nous nous régalons d’une salade tahitienne quelques heures seulement après son exploit. Elle a un goût de soleil et de lagon turquoise. Le bonheur!!

01_peche miraculeuse

Alexandre nous apprend à fumer le poisson avec un astucieux dispositif fait maison. Nous dégustons de la truite fumée et nous prenons un peu pour des trappeurs.

Ça y est, c’est l’été depuis quelques jours mais il fait un peu frais et le vent ne faiblit pas. Seule la longueur des journées nous rappelle que nous passons Noël en hémisphère sud. Le soleil se lève vers 5h30 et ne se couche pas avant 23h. C’est le première fois que nous servons le dîner de Noël en plein jour.

En Argentine les habitudes de Noël sont assez différentes des nôtres. Le dîner ne commence qu’à 23h et les cadeaux sont offerts à minuit. Au menu d’un typique Noël argentin, une grande quantité de viande grillée (très bonne d’ailleurs) sans accompagnement.
Au menu pour nous, truite fumée maison, pain maison et quelques amuse gueules. La truite prévue pour la suite est de trop et nous attendrons le lendemain. En dessert, gâteau marron-chocolat. Miam…
Nous entamons une promenade digestive le lendemain midi à la découverte des castors présents sur l’île. Ces animaux importés du Canada représentent une menace sur l’écosystème qu’ils détruisent en créant de très nombreux barrages. Mais les réalisations et les traces de leurs exploitations prouvent leur ingéniosité et leur technique.

03_castor

Après ces quelques jours festifs, nous reprenons la route en direction des lacs Deseado et Fagnano pour tenter encore quelques prises. Tout le monde se prend au jeu et malgré notre insuccès, nous passons quelques agréables journées ensoleillées.

03_montagne

01_col enneigé

02_activités diverses

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Nos découvrons un endroit magnifique et isolé en poursuivant la route jusqu’à la mer et au fjord Seno Almirantazgo. Là, au bord de l’eau, une ancienne estancia rachetée par une famille de Punta Arenas pour en faire une maison d’été. Nous sommes invités à y déjeuner un saumon fraîchement pêché par Julio, fils des propriétaires, qui passe là ses trois mois de vacances. Lorsque nous apprenons que les propriétaires cherchent des personnes susceptibles de garder la maison pendant le long hiver nous nous proposons sans réfléchir. Après tout nous nous interrogions justement sur la vie hivernale en Terre de feu. Quoi de mieux que de l’expérimenter? Ici le confort est rudimentaire et les moyens de communication inexistants. En cas de problème urgent, des militaires ont un campement à 18km… A voir donc. Rien n’est décidé mais nous sommes très tentés par cette expérience pour un mois ou deux, quitte à redescendre en avion.

05_estancia Caleta Maria

Sur le chemin du retour, nous avons la chance d’observer un castor en pleine action. Il coupe en 3 mns un petit arbre puis part avec un nouvel élément de son barrage à travers un réseau impressionnant de canaux, des tunnels… Difficile de le suivre.

06_Castor

Le passage de la frontière chilo-argentine est un peu folklorique puisque le trajet le plus court traverse une rivière franchissable seulement par temps sec. Malgré la fine pluie qui a débuté quelques jours auparavant nous tentons notre chance. Malheureusement la rivière est infranchissable et nous devons faire un détour de près de 200 km.

Nous passons rapidement à Rio Grande, le temps de faire les pleins d’eau, de diesel et de victuailles en vue du réveillon du 31 décembre à venir. Nous décidons avec les « Alea sans aléas » de ne pas pousser jusqu’à Ushuaïa où nous craignons l’affluence et de nous arrêter à Tolhuin à l’extrémité est du Lac Fagnano. Là, nous découvrons un camping improbable et déjanté dont la salle commune sera parfaite pour accueillir notre réveillon. Les enfants adorent et courent partout entre les tipis et les cabanes en bois décorés avec des objets de récupération.

01_camping

Ils se font rapidement des copains et tout le monde passe à l’atelier maquillage.
Au menu du réveillon: waterzoi de poulet.

02_Jour de l'an

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Nous restons le lendemain dans cet endroit improbable et ne voyons que peu les enfants qui sont ici au paradis. Le temps est fluctuant, comme il a coutume de l’être dans ces contrées, mais nous profitons de belles éclaircies pour commencer à déjeuner dehors avec nos voisins argentins rencontrés là.

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Les grands comme les petits se prennent au jeu!!!

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Le 2 janvier nous reprenons la route en direction d’Ushuaïa. C’est une étape importante pour nous, l’extrême sud de notre périple et la promesse de remonter enfin vers la chaleur qui commence à nous manquer.

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3 Commentaires

  1. Bravo pour ce beau reportage, commentaires et photos décrivent bien votre belle aventure. Tous ces sourires des enfants ( et parents ) montrent bien le bonheur que vous trouvez le long de ces routes et les découvertes que vous faites.
    profitez bien, et couvrez vous car l’été de terre de feu ressemble pas mal à l’hiver que nous avons actuellement à Paris.
    bisous à tous
    grand PA

  2. Bonjour,

    Petit coucou de Bretagne,

    Je vous souhaite mes meilleurs vœux pour cette nouvelle année.

    Votre aventure est magnifique. Quels paysages …

    Eric BARBREL

  3. que de souvenirs, que de souvenirs ; toutes ces images nous replongent qques années en arrière ; c’est bon de voir que vous en profitez si bien. J’ai un souvenir particulièrement ému pour les sources de Fiambala (ça fait déjà qques temps pour vous).
    Amusez vous, profitez à fond, ces grands espaces presque vierges, et ces moments passés en famille valent de l’or!!!
    bonne continuation pour 2015 donc…
    de notre côté la sédentarité nous guète sérieusement, puisque nous allons investir dans de la vieille pierre ; bon, certesà 1300md’altitude, il faut bien rester un peu original!!
    grosses bises des 4 mapamayos et à tout bientôt.
    je pense qu’on ne va pas tarder à revoir Joelle et Thierry et Quentin…qui nous raconterons…

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