Route Los Antiguos-Paso Roballos, estancia La Frontera : du 10 au 13 mars 2015

Pour retourner au Chili, nous faisons un détour pour emprunter une piste longeant la frontière dont plusieurs voyageurs nous ont vanté la beauté. Lors de notre passage à Los Antiguos au mois de novembre précédent, nous pensions déjà suivre cette route pour descendre vers El Chalten mais la pluie l’avait rendue impraticable. Nous sommes donc de retour 3 mois plus tard, bien décidés à passer!
Nous quittons Los Antiguos en direction du Paso Roballos (passage de frontière) en début d’après-midi. Nous ne croisons aucun véhicule et découvrons un paysage splendide, d’une grande variété, dont les couleurs chaudes nous enchantent une fois de plus. Partout, de magnifiques lièvres de Patagonie s’enfuient sur notre passage.

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Sur cette première portion de la piste il est difficile de trouver un bivouac. Nous nous installons finalement au bord d’une rivière à proximité d’une estancia. Alors que François et les enfants partent pêcher et explorer les alentours, le propriétaire des lieux se présente pour réclamer quelques pesos pour pouvoir bivouaquer sur son territoire. Etant réticente à l’idée de monnayer le droit de nous installer en pleine nature sans aucun confort, je préfère répondre que nous allons partir. A leur retour, François et les enfants réussissent à me convaincre de rester, enchantés par les lieux et peu enclins à reprendre la piste en cette fin d’après-midi.
Ils repartent donc à pied en direction de l’estancia pour régler la somme dûe. Ils sont très bien accueillis, admirent les chevaux dans leur enclos et observent avec dégoût la découpe d’un cadavre équin encore chaud.

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Alejandro, le propriétaire, nous propose pour le lendemain une balade à cheval et un asado. Nous cherchions depuis longtemps l’occasion de faire du cheval dans la pampa argentine et acceptons donc cette opportunité. Sabah la carnassière salive déjà à l’idée de la viande que nous dégusterons…
Le lendemain de bonne heure, nous voilà donc en train d’observer Alejandro et l’un de ses acolytes attraper et seller les chevaux. Alejandro voudrait développer le tourisme dans son estancia et il est plein de bonne volonté mais l’organisation est encore balbutiante… Une fois les chevaux sellés, il nous propose donc de partir seuls faire un tour dans les environs. Ce n’est pas ce à quoi nous nous attendions… Nous sommes tous des débutants et nous ne nous sentons pas capables d’une telle équipée, ce sera donc juste quelques tours de manège… Mais les enfants sont contents.

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L’asado de mouton est un régal!! Les yeux brillent devant cette abondance de viande grillée.

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L’après-midi est dédiée à une visite de l’immense territoire de l’estancia: 60km² de pampa, montagnes, canyons, rivières…
Alejandro nous invite à dormir à côté de l’estancia pour profiter des installations sanitaires sommaires. Il a la tête pleine de projets pour développer le tourisme et rêve de créer une station de ski sur ses montagnes… Il résiste courageusement aux entreprises minières qui lui font des offres alléchantes car il connaît l’effet dévastateur de ces exploitations sur la nature environnante.
Trois gauchos travaillent là à l’année pour surveiller ses 11 000 moutons et 8000 vaches et entretenir les kilomètres de clotûres. Les principaux adversaires des gauchos, les voleurs de bétail et les pumas. Pour contrer ces deux dangers, ils parcourent à cheval quotidiennement cet immense territoire. Les propriétaires terriens s’arrogent tous les droits sur leur terrain et notamment celui de faire justice eux-mêmes. Gare aux voleurs pris la main dans le sac… Quant aux pumas, les gauchos qui les tuent sont récompenser par les propriétaires qui vendent ensuite la peau un bon prix. Quelle tristesse pour nous d’apprendre que ce bel animal est ici traqué… Quatre à cinq pumas sont tués chaque année dans l’estancia La Frontear et nous imaginons alors l’hécatombe au niveau national!! Cependant leur appétit est énorme puisqu’un puma peut tuer jusqu’à un mouton par jour dont il ne mange en fait qu’une petite partie. Ici c’est oeil pour oeil; dent pour dent!!
Nous partageons deux jours avec Alejandro et ses gauchos. Les enfants passent leurs journées dehors à jouer avec les 12 chiens, ils sont ici les rois et Alejandro ne sait que faire pour les contenter.

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François s’essaie à la pêche mais sans succès. Alejandro nous prépare de bons plats et je lui cuisine un gâteau au chocolat fondant qu’il déguste et il réclame à nouveau le lendemain…
Ne quittons Alejandro très ému après deux journées passées en sa compagnie. Les gauchos aiment la nature et la solitude mais la présence de nos petites têtes blondes ont bouleversé et égayé pour quelques heures leur quotidien. Ce fut une belle parenthèse, une rencontre enrichissante avec l’un de ces hommes qui continuent à faire vivre la Patagonie.

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Nous profitons encore un peu de ces espaces magnifiques pour quelques balades et un bivouac à l’entrée d’une vallée. Nous sommes une fois de plus seuls au monde entourés d’une nature sauvage. Nous ne croisons que quelques bêtes de l’énorme troupeau de l’estancia, échouées sur la piste.

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Nous atteignons finalement le poste frontière du Paso Roballo, perdu loin de tout, après trois jours et trois nuits passés sur cette piste fabuleuse. Un de nos très bons souvenirs de l’ Argentine!!

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La piste chilienne entre le Paso et la Carretera est très belle. Les guanacos sont de retour!!

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